Chez Douwe Egberts, j'ai commencé à regarder le café autrement
Lorsque j'ai quitté FAEMA pour travailler chez Douwe Egberts, je pensais déjà bien connaître l'univers du café. Pendant des années, j'avais installé des machines à espresso. Je connaissais les cafés. Je connaissais leurs propriétaires. Je comprenais l'importance d'une mouture juste et d'un réglage précis de la machine.
Mais j'ai rapidement compris que je n'avais vu qu'une petite partie de l'ensemble. Chez Douwe Egberts, j'ai découvert un monde complètement différent. Mes clients n'étaient plus uniquement des cafés. Je visitais aussi des écoles, des hôpitaux, des maisons de repos, des usines, des bureaux et de grandes cuisines professionnelles. Partout, on servait du café en grandes quantités. Cela signifiait que je rencontrais chaque jour des personnes très différentes. Des directeurs. Des responsables des achats. Des chefs cuisiniers. Des infirmières. Des techniciens de maintenance. Chacun portait un regard différent sur le café.
Pour certains, c'était un moment de réconfort. Pour d'autres, simplement un produit qui devait être préparé et servi de la manière la plus efficace possible. Comme toujours, j'écoutais. Et plus j'écoutais, plus je comprenais que le café ne se résumait pas au goût. La rapidité comptait. L'hygiène comptait. La facilité d'utilisation. La simplicité de l'entretien. La fiabilité. Tout cela aussi faisait partie de la qualité. Au cours de mes visites, quelque chose commença à attirer mon attention et revenait sans cesse dans mes pensées.
De nombreux filtres à café - surtout les systèmes de filtration en plastique alors très répandus - ne fonctionnaient pas toujours de la même manière. Par temps humide, le temps de passage changeait. Le café s'écoulait plus lentement. Une partie de l'arôme se perdait parfois. À d'autres moments, les clients se plaignaient de la qualité sans comprendre d'où venait réellement le problème. Pour beaucoup, cela paraissait tout simplement normal.
Pas pour moi. Je continuais à y réfléchir. Pourquoi fallait-il qu'il en soit ainsi ? Ne pouvait-on pas faire plus simple ? Ne pouvait-on pas faire mieux ? Ces questions continuaient à tourner dans ma tête bien après la fin de ma journée de travail. Lorsque je rentrais chez moi, je commençais à dessiner. À expérimenter. À imaginer de nouvelles possibilités. Personne chez Douwe Egberts ne m'avait demandé de le faire. J'y travaillais en silence, durant mon temps libre, parce que j'étais convaincu qu'une meilleure solution devait être possible.
Dorina me voyait souvent passer des soirées entières absorbé par mes idées. La table était couverte de feuilles de papier. De croquis. De notes. De nouveaux concepts. Parfois, quelque chose fonctionnait. Bien plus souvent, non. Mais chaque tentative - même lorsqu'elle échouait -me rapprochait d'un pas d'une solution possible. Après de nombreuses expériences, une idée commença lentement à prendre forme. Une idée qui m'enthousiasmait réellement. Un filtre en papier contenant déjà la quantité exacte de café moulu.
Simple. Hygiénique. Toujours dosé avec précision. Et surtout... Capable d'offrir une qualité constante, tasse après tasse. Pour tester mon idée, j'ai même construit un prototype rudimentaire capable d'utiliser automatiquement plusieurs de ces filtres en papier préremplis. Il était loin d'être parfait. Mais il fonctionnait. J'avais également préparé plus d'une centaine de ces filtres en papier afin de pouvoir éprouver mon idée. J'étais convaincu qu'elle offrait des possibilités.
Lorsque j'ai finalement présenté mon projet à Douwe Egberts, j'espérais donc que l'on y verrait les mêmes possibilités que moi. On m'écouta. Mais la réaction ne fut pas celle que j'avais espérée. Pour l'entreprise, à ce moment-là, mon projet n'apportait pas suffisamment de valeur ajoutée. Entre-temps, les problèmes des systèmes de filtration existants avaient en grande partie été résolus et l'on ne voyait aucune raison de prendre une nouvelle direction.
Il fallait également tenir compte du fait qu'un tel système risquait de venir se placer à côté d'autres solutions de café déjà proposées par l'entreprise. D'un point de vue commercial, je pouvais comprendre qu'une grande société ait ses propres priorités. Mais humainement, j'étais déçu. J'avais consacré tant de soirées à ce projet. Non parce que quelqu'un me payait pour le faire. Non parce qu'il faisait partie de ma mission.
Mais parce que je pensais avoir découvert quelque chose qui pouvait être amélioré. Lorsque mon idée se révéla n'avoir que peu de valeur ajoutée pour l'entreprise, cela me toucha plus que je ne voulus d'abord l'admettre. Cette déception contribua à ma décision de quitter Douwe Egberts. Mais il existait aussi une raison très pratique. Dorina et moi construisions notre avenir. Nous voulions acheter notre propre maison à Heusden-Zolder, où elle pourrait enseigner à l'Athénée.
Pour cela, nous avions besoin d'une sécurité financière. J'eus la possibilité de travailler comme vendeur au Groupe Riem. En fonction de mes résultats, je pouvais y gagner trois à quatre fois plus que chez Douwe Egberts. Pour un jeune homme qui voulait fonder une famille et acheter une maison, cette différence était énorme. Ma décision de partir fut donc le résultat de deux choses. La déception liée à une idée en laquelle j'avais profondément cru.
Et la responsabilité de penser à l'avenir de ma famille. J'ai finalement quitté Douwe Egberts avec des sentiments partagés. J'étais reconnaissant pour tout ce que j'y avais appris. Mais je sentais en même temps que le moment était venu de poursuivre ma route. Bien des années plus tard, les dosettes de café firent leur apparition sur le marché et changèrent la manière dont des millions de personnes préparaient leur café à la maison.
Au fil des ans, on m'a parfois demandé si j'avais eu le sentiment d'être passé à côté d'une reconnaissance. Ma réponse a toujours été la même. Non. Je n'avais pas besoin de reconnaissance. Je sais ce que j'ai étudié. Je sais quelles idées j'ai développées. J'ignore sincèrement si d'autres s'en sont inspirés par la suite ou non. Et aujourd'hui, cela n'a plus d'importance pour moi. Ce qui compte à mes yeux est bien plus important.
Une fois encore, j'avais appris une leçon qui m'accompagnerait le reste de ma vie. Ose poser des questions. Ose expérimenter. Et n'aie jamais peur d'explorer une idée - même lorsque personne d'autre n'y croit encore. Mais j'ai également appris autre chose. Un être humain ne vit pas uniquement d'idées. Il arrive un moment où il doit assumer la responsabilité de sa famille et faire des choix dictés non seulement par la passion, mais aussi par la réalité.
Mon départ de Douwe Egberts fut un tel choix. Une porte se ferma. Une autre s'ouvrit. Et sans que je puisse alors le savoir, cette étape suivante me rapprocha encore de l'entrepreneur qui grandissait lentement en moi. Toutes les idées ne changent pas le monde.
Mais chaque idée que l'on poursuit avec conviction nous apprend quelque chose sur nous-mêmes. Et c'est peut-être là le plus grand cadeau que mes années chez Douwe Egberts m'aient offert.