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RENATO ROSSI · Édition intégrale

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Ceux qui sont restés

La véritable force de la confiance se révèle rarement lorsque tout va bien. Dans la prospérité, il est facile de faire des projets ensemble. De s'encourager mutuellement. De dire que l'on restera toujours côte à côte. Ce n'est que lorsque les circonstances deviennent plus difficiles que l'on découvre la solidité réelle d'une relation. Nous en avons fait l'expérience, nous aussi. Pendant des années, j'avais construit ma vie sur une conviction simple : si vous traitez les gens honnêtement, ils seront honnêtes avec vous.

Cette conviction m'avait mené loin. Elle m'avait donné des amis. Des partenaires. Des fabricants. Des clients. Des personnes avec lesquelles je ne faisais pas seulement des affaires, mais avec lesquelles je partageais aussi une partie de ma vie. Je continuais à croire que la confiance était le bon fondement de toute collaboration. Mais je découvris peu à peu que tout le monde ne considérait pas une telle collaboration de la même manière. Pour certains, c'était un long chemin que l'on parcourait ensemble. Pour d'autres, ce n'était qu'une partie de leur propre voyage.

Tant que tout allait bien, nous marchions dans la même direction. Mais lorsque les premières difficultés devinrent visibles, certaines personnes commencèrent à prendre leurs distances. Cela me fit mal. Non parce qu'une relation d'affaires prenait fin. Cela fait partie de la vie de tout entrepreneur. Les entreprises changent. Les intérêts se déplacent. Les gens font d'autres choix. Ce qui me touchait surtout, c'était le sentiment que, pour certains, ce que nous avions construit ensemble semblait soudain compter beaucoup moins.

Pourtant, je ne veux aujourd'hui en faire le reproche à personne. Chaque être humain porte ses propres inquiétudes. Ses propres responsabilités. Ses propres peurs. Et personne ne sait réellement ce qui se passe dans le cœur d'un autre lorsqu'il doit prendre une décision difficile. Je n'ai jamais cru que quelqu'un me devait quoi que ce soit. On ne peut exiger la gratitude. Ni la fidélité.

Mais j'ai appris que les temps difficiles révèlent quelles relations sont assez solides pour résister à la pression. Le succès rassemble beaucoup de monde. L'adversité montre qui est prêt à rester. À cet égard, Marco était encore plus sensible que moi. Il croyait profondément aux gens. Lorsque quelqu'un lui présentait un projet passionnant, il en voyait immédiatement toutes les possibilités. Il regardait d'abord ce que cette personne pouvait apporter. Pas ce qui risquait éventuellement de mal tourner.

C'est ce qui le rendait particulier. Cela lui permettait d'enthousiasmer les autres et de créer avec eux quelque chose de nouveau. Mais cela le rendait aussi vulnérable. De temps à autre, je lui disais avec prudence :

« Marco, sois un peu plus prudent. » Alors il souriait et répondait :

« Papa, il faut d'abord faire confiance aux gens. Sinon, on ne peut jamais rien construire. »

Il était difficile de le contredire. Car, au fond, il répétait exactement ce que je lui avais appris par mon propre exemple. Comment pouvais-je soudain lui enseigner à se méfier des gens ? Je ne le voulais d'ailleurs pas du tout. Je ne voulais pas qu'il perde son ouverture. Je voulais seulement qu'il apprenne à reconnaître ceux qui partageaient réellement les mêmes valeurs que lui. Car la confiance est un don magnifique.

Mais elle doit venir des deux côtés. Sinon, une seule personne finit par en porter tout le poids. Lorsque je regarde en arrière aujourd'hui, je ne pense pas que nous ayons eu tort de faire confiance aux gens. Notre vulnérabilité se trouvait ailleurs. Nous supposions trop facilement que l'engagement, l'honnêteté et la fidélité recevraient naturellement la même réponse. La vie m'a appris qu'il n'en est pas toujours ainsi.

Mais, même après toutes les déceptions, je refuse de devenir cynique. Si je devais aujourd'hui choisir de nouveau entre une méfiance permanente et le risque d'accorder ma confiance à quelqu'un, je choisirais encore la confiance. Je serais toutefois plus prudent. Je conclurais des accords plus clairs. Je mettrais les promesses importantes par écrit. Non parce qu'un accord écrit vaut davantage qu'une parole honnête.

Mais parce que la confiance a parfois besoin de protection. Pourtant, je ne voudrais jamais perdre ma foi dans la bonté humaine. Car cette même confiance m'a également offert quelques-unes des plus belles rencontres de ma vie. Medardo. Cristina. Kevin. Et tant d'autres amis. Des personnes qui ne se sont pas seulement tenues à nos côtés lorsque tout allait bien.

Mais qui sont aussi restées lorsque le chemin est devenu plus difficile. Parfois, elles ne pouvaient pas résoudre nos problèmes. Ce n'était pas nécessaire. Leur présence suffisait déjà. Un coup de téléphone. Une conversation honnête. Une main sur mon épaule. Un geste simple par lequel quelqu'un vous faisait sentir :

« Tu n'es pas seul. » De tels gestes valent davantage que de grandes promesses prononcées uniquement lorsque tout va bien. C'est pourquoi je ne veux pas que les ombres de cette période effacent le souvenir de tous ceux qui nous sont restés fidèles. Je ne veux pas m'attarder sur ceux qui sont partis. Je veux me souvenir de ceux qui sont restés. Ils méritent ma gratitude. Ils ont prouvé que la bonté sincère existe vraiment.

Lorsqu'aujourd'hui, au terme d'un long chemin de vie, je fais le bilan, je ne compte pas d'abord mes biens. Ni les entreprises que j'ai fondées. Ni les contrats que j'ai conclus. Ni les succès qui semblaient autrefois si importants. Je pense à des noms. À des visages. À des personnes qui ont continué à marcher à mes côtés dans les moments difficiles.

C'est peut-être la plus grande richesse qu'un être humain puisse posséder à la fin de sa vie. Non pas ce qu'il a accumulé. Mais ceux qu'il a eu la chance de rencontrer en chemin. Lorsque je prononce silencieusement ces noms dans mon cœur, je ne ressens pas de tristesse. Je ressens de la gratitude. Car personne ne se relève entièrement seul après une chute brutale. Il y a presque toujours quelqu'un qui tend la main. Parfois, c'est une main que l'on attend.

Parfois, elle vient de quelqu'un dont on n'aurait jamais osé l'espérer. J'ai eu la chance de rencontrer de telles mains secourables sur le chemin de ma vie. Elles m'ont aidé, après chaque revers, à retrouver la force de me relever. Et, aussi longtemps que je vivrai, je n'oublierai jamais les personnes derrière ces mains.

Avec mon ami néerlandais Louis Ouwerkerk — l’une des personnes qui m’ont aidé à me relever lorsque tout s’est effondré.
Avec mon ami néerlandais Louis Ouwerkerk — l’une des personnes qui m’ont aidé à me relever lorsque tout s’est effondré.