Ma mère - Le silence où vivait l'amour
Lorsque je pense à ma mère, ce n'est pas sa voix que j'entends en premier. C'est sa présence que je ressens. Certaines personnes remplissent une pièce de leurs paroles. Ma mère remplissait une maison de chaleur. Elle s'appelait Guglielmina Di Pasquale. Pour le monde extérieur, elle n'était qu'une femme italienne. Pour nous, elle était le cœur de notre famille. Elle ne cherchait jamais à attirer l'attention. Elle ne désirait ni éloges ni admiration.
Son plus grand souhait était simplement de voir ses enfants heureux. Ma mère n'a pas eu une vie facile. Elle a perdu sa fille, Lidiola. Elle a vu son mari partir en Belgique pour travailler dans les mines de charbon. Puis elle a, elle aussi, quitté son pays natal afin de réunir de nouveau sa famille.
Lorsque j'y repense aujourd'hui, je me demande souvent où elle puisait ce courage extraordinaire. Car elle ne se plaignait presque jamais. Peut-être pensait-elle qu'une mère devait être forte. Peut-être ne voulait-elle pas que ses enfants voient sa peine. Ou peut-être que, pour elle, l'amour était simplement quelque chose que l'on vivait. Pas quelque chose dont on parlait. Je me souviens de ses mains. Toujours occupées. À pétrir le pain. À couper les légumes. À raccommoder des vêtements. À recoudre un bouton.
À essuyer une larme. Ces mains connaissaient à peine le repos. Enfant, on ne remarque pas ce genre de choses. On pense simplement que les mères seront toujours là. Ce n'est qu'en vieillissant que l'on commence à comprendre tout l'amour caché dans ces petits gestes quotidiens. Ma mère n'avait pas besoin de cadeaux coûteux. Ni de voyages lointains. Ni de luxe. Son plus grand bonheur était de voir ses enfants réunis à la maison.
Lorsque toute la famille était assise autour de la même table. Lorsque les rires emplissaient la maison. Lorsque chacun avait suffisamment. C'était cela, sa richesse. Et je crois que cette manière de regarder la vie est devenue une part de moi. Plus tard, j'ai beaucoup voyagé. J'ai rencontré des milliers de personnes. Je me suis assis à la table d'entrepreneurs et d'hommes d'affaires prospères.
Mais jamais je ne me suis senti plus riche qu'à la table de la cuisine de ma mère. C'est là que j'ai appris que le bonheur ne dépend pas de ce qui se trouve sur la table. Il dépend de ceux qui sont assis autour. Parfois, je me demande si je l'ai suffisamment remerciée. Probablement pas. Les enfants pensent toujours que leurs parents seront là pour toujours. Ce n'est que lorsqu'ils ne sont plus là que nous comprenons réellement tout ce qu'ils nous ont donné.
Ma mère ne me faisait pas de longs discours. Elle ne m'expliquait jamais comment je devais mener ma vie. Elle me le montrait. Par sa patience. Par sa simplicité. Par sa fidélité. Par son amour. Et c'est peut-être pour cela que je la sens encore aujourd'hui si proche de moi. Non pas parce que je la vois chaque jour.
Mais parce que, chaque jour, je retrouve quelque chose d'elle. Dans un geste. Dans un souvenir. Dans ma façon de regarder les autres. Si quelqu'un me demandait qui a été la femme la plus importante de ma vie, beaucoup s'attendraient à ce que je réponde immédiatement :
« Mon épouse. » Mais ce ne serait pas juste envers ma mère. Car avant d'apprendre à aimer en tant qu'époux, j'ai d'abord appris à aimer en tant que fils. Et ce premier amour, nous le portons en nous pour le reste de notre vie. Je pense parfois que les mères ne meurent jamais vraiment. Tant que leurs enfants continuent de vivre selon les valeurs qu'elles leur ont transmises, elles restent auprès d'eux. Il en va ainsi de ma mère. Elle continue de vivre.
En moi. Et dans tout ce que, grâce à elle, j'ai eu la chance de devenir au cours de ma vie.




